Écoutez une entrevue sur les diamants de guerre, diffusée sur TVO dans le cadre de l’émission The Agenda (le 5 décembre 2006), avec Ian Smillie, coordonnateur de recherche, Partenariat Afrique Canada
Durée d’exécution : 13 minutes
L’Organisation internationale du Travail (OIT)
L’Organisation internationale du Travail (OIT) est l’organisme tripartite des Nations Unies qui réunit des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de ses États membres pour un effort commun de promotion du travail décent partout dans le monde.
« [Le gouvernement des É.-U.] prend très au sérieux la réforme du secteur des diamants. Les diamants peuvent ou bien contribuer au rétablissement en Sierra Leone ou être une source d’instabilité et de violence. Les États-Unis continueront d’aider les collectivités productrices de diamants à devenir plus prospères et sûres en tirant des profits raisonnables de leur ressource. »
Thomas Neill Hull III, ambassadeur des É.-U. en Sierra Leone
Les petites exploitations minières revêtent une grande importance économique et sociale. On a estimé que, dans le monde, environ 13 millions de personnes travaillent directement dans l’exploitation minière à petite échelle et que cette activité influe sur le mode de subsistance de 80 à 100 millions de personnes de plus.
L’Organisation internationale du travail (OIT) a précisé l’une des principales difficultés des petites exploitations minières:
celles, mines ou carrières, où l’on extrait à petite échelle des minéraux industriels et des matériaux de construction; et celles d’où sont extraits des produits de grande valeur, notamment l’or et les pierres précieuses.
La première catégorie alimente surtout les marchés locaux et l’on en trouve dans tous les pays. Une réglementation visant à contrôler et à imposer ces mines et carrières est souvent en vigueur, et l’existence d’opérations non officielles ou illégales est en général attribuable à un travail d’inspection insuffisant ou à une application laxiste de la réglementation plutôt qu’à l’absence d’un cadre juridique; la situation est analogue à celle qui prévaut dans le secteur de la petite manufacture.
La production de la deuxième catégorie d’exploitation est en général exportée. Compte tenu de la dimension et des spécificités de ces mines, les lois existantes sont largement inadéquates, voire impossibles à appliquer.
Bien qu’il existe de nombreuses définitions de la « petite exploitation minière », l’extraction de diamants alluviaux appartient nettement à la deuxième catégorie de l’OIT. Ces caractéristiques uniques semblent indiquer que « les lois existantes sont largement inadéquates, voire impossibles à appliquer ». L’extraction des diamants alluviaux est en fait un sous-ensemble de ce que l’OIT appelle une « petite exploitation minière ». Le terme le plus approprié est l’« extraction artisanale ». Là encore, il existe une foule d’interprétations, mais cette question n’a pas besoin d’explications abondantes. Telle que définie par le gouvernement de l’Afrique du Sud, « l’extraction artisanale signifie une petite exploitation minière comportant l’extraction de minéraux avec les outils les plus simples, à un niveau de subsistance ». L’extraction artisanale des diamants en Afrique est effectuée par des personnes qui utilisent des outils et du matériel simple, habituellement dans le secteur informel, essentiellement à l’extérieur du cadre juridique et réglementaire. La grande majorité des creuseurs sont très pauvres et exploitent des gisements marginaux dans des conditions rigoureuses et parfois dangereuses - et qui exercent une incidence négative considérable sur l’environnement. Dans une grande mesure, l’extraction artisanale des diamants est une stratégie de survie, adoptée surtout par des populations rurales et villageoises, à qui elle apparaît comme la possibilité la plus prometteuse de gagner un revenu.
Les gouvernements, les grandes entreprises et les environnementalistes voient souvent d’un mauvais œil les activités des mineurs de ce secteur. Les préoccupations vont du recours au travail des enfants à l’utilisation des revenus des mines pour financer les conflits, en passant par les possibilités de dommages à l’environnement.
Dans les cas extrêmes, les gouvernements jugent le secteur illégal et tentent de l’interdire par divers moyens. Dans de nombreux cas, ils en font tout simplement fi, permettant ainsi aux impacts sociaux et environnementaux négatifs de s’aggraver. Il n’existe en Afrique aucun cas de réglementation et de soutien fructueux de l’extraction artisanale des diamants, bien que l’Afrique du Sud soit le cas le plus positif, surtout parce que la majorité des diamants alluviaux sont extraits sur des propriétés privées qui peuvent faire l’objet de surveillance et où les mineurs peuvent recevoir un salaire.
La relation entre les grandes entreprises et les mineurs est mal comprise et s’avère souvent problématique; elle est caractérisée par une méfiance mutuelle et parfois par des conflits. Les grandes sociétés considèrent habituellement les mineurs artisans comme des intrus, tandis que les mineurs estiment souvent que l’octroi de concessions aux grandes sociétés les prive de leurs terres et de leurs modes de subsistance.
La contribution de l’extraction artisanale des diamants à la production de revenu, à l’emploi, au produit intérieur brut, aux recettes d’exportation et aux recettes fiscales varie radicalement d’un pays à l’autre. En Sierra Leone et en RDC, elle est importante, tandis qu’en Angola, où les ressources pétrolières sont abondantes, elle est moins importante, et qu’en Afrique du Sud, elle est insignifiante. L’économie minérale de la Sierra Leone est actuellement une économie de " monoculture " et cette " culture ", ce sont les diamants. Bien qu’on extraie d’autres minéraux en Sierra Leone, le secteur des diamants fournit plus d’emplois que tout autre secteur après l’agriculture de subsistance, et apporte la plus grande contribution au PIB et aux recettes d’exportation.