Écoutez une entrevue sur les diamants de guerre, diffusée sur TVO dans le cadre de l’émission The Agenda (le 5 décembre 2006), avec Ian Smillie, coordonnateur de recherche, Partenariat Afrique Canada
Durée d’exécution : 13 minutes
PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement
Le PNUD, en tant que réseau mondial des Nations Unies pour le développement, met en rapport et coordonne les efforts mondiaux et nationaux visant à atteindre les Objectifs du Millénaire.
Les Objectifs du Millénaire pour le développement
Les OMD constituent un schéma directeur accepté par tous les pays du monde et toutes les principales institutions de développement pour répondre aux besoins des plus pauvres du monde.
« Le DDI a un programme ambitieux qui, si réussi, pourrait être très important pour les vies des centaines de milliers de mineurs artisanaux de diamant en Afrique. »
Baudouin Ihéta Musombo, ministère des Mines, RDC
Un nombre imposant de personnes, surtout des jeunes hommes, travaillent dans les champs diamantifères alluviaux de l’Afrique. En Sierra Leone, il pourrait y en avoir jusqu’à 120 000. Au Congo, le gouvernement en estime le nombre à 700 000. En Angola, malgré l’expulsion récente de creuseurs illicites congolais, il pourrait encore y en avoir 150 000. Si l’on y ajoute les creuseurs de la Guinée, du Ghana et d’ailleurs, il y a probablement un million de creuseurs artisans africains de diamants alluviaux. Il y en a peut-être 200 000 autres au Brésil. Le nombre total de creuseurs artisans de diamants alluviaux peut être estimé, de manière conservatrice, à un million de personnes; il se pourrait qu’il y en ait même 500 000 de plus. Comme c’est le cas pour d’autres types d’extraction minière, il y a davantage de personnes qui participent à l’extraction informelle des diamants qu’il n’y en a dans le secteur formel.
Presque aucun mineur artisan n’est enregistré et réglementé. La plupart travaillent pour rien d’autre que ce qu’ils trouvent s’ils sont chanceux. Leur travail est salissant, difficile, parfois dangereux, et la plupart d’entre eux ne produisent que pour 200 $ par année. En fait, la ruée des compétiteurs au sein d’une économie largement parallèle ne sert qu’à faire baisser les prix à l’extraction, ce qui laisse une marge lucrative aux intermédiaires.
Les enfants participent dans une large mesure; les résidents des régions minières se plaignent de la dégradation de l’environnement, de la pollution de l’eau et de l’afflux d’une main-d’œuvre migrante entraînant des taux élevés de prostitution et de VIH/sida. La violence familiale et sociale s’ensuit. Et la plupart des creuseurs de diamants alluviaux vivent difficilement, sans sécurité, exposés aux dangers et la maladie. Avec des revenus moyens de moins de un dollar par jour, ils sont carrément dans la catégorie de la “ pauvreté absolue ”.
En plus des formes habituelles de précarité qu’engendrent la pauvreté, le chômage et la surpopulation, les régions où l’on fait de l’extraction de diamants non réglementée en Sierra Leone, en Angola, en RDC et ailleurs présentent d’autres problèmes de sécurité. Les tentatives gouvernementales pour négocier avec les mineurs illégaux ont souvent donné lieu à la violence. Et les régions minières n’ont pas attiré que des jeunes hommes à la recherche de diamants. Elles ont aussi attiré des acheteurs sans scrupules, des blanchisseurs d’argent, des trafiquants d’armes et de drogue, et des armées rebelles. Sans amélioration de la réglementation et du développement, ces menaces persistent. Les richesses minérales ne connaissent pas de frontières.
* PNUD, Programme des Nations Unies pour le développement, « Artisanal Mining for Sustainable Livelihoods », 1999.
Malgré les faibles niveaux de revenu générés par l’extraction artisanale de diamants alluviaux pour les gouvernements, la valeur à Anvers de tels diamants peut s’élever jusqu’à un milliard de dollars par année. Elle procure des revenus à au moins un million de creuseurs artisans et leurs familles. Elle génère aussi un investissement dans l’économie locale. Elle peut donc s’avérer très importante en termes de survie et de développement.
Les mineurs artisans produisent au moins de 10 à 15 p. 100 des diamants acheminés vers les boutiques de bijoux de Londres, Tokyo, Paris et New York. Ils représentent une part importante de l’industrie du diamant.
Étant donné le nombre de personnes en cause et le demi-siècle de déstabilisation favorisée par des économies informelles du diamant non réglementées, tout investissement fructueux pourrait engendrer des bénéfices importants pour les mineurs, les gouvernements, la population des pays producteurs de diamants et l’industrie. Un changement réel pourrait réduire le chaos et l’instabilité que connaissent les champs de diamants. Pour le moins, les diamants pourraient procurer des revenus décents à des centaines de milliers de familles plutôt qu’un travail à la pièce dangereux, malsain et mal rémunéré.